Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 14:43

 

 

Le futur est une  chimère

Et le présent n'est qu'éphémère

Le passé lui est éternel.

 

Mais c’est grâce aux chimères

Que notre âge éphémère

Construit de l’éternel.

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel - Communauté : Les philosophes épars
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 15:58

Albert Einstein, étourdiment, un jour a dit :

« Ce qui est incompréhensible,

C’est que le monde soit compréhensible. »

Albert Einstein, le grand génie du dernier siècle,

Le premier de ceux qui ont révolutionné

Notre représentation de tout l’univers.

C’est donc fort humblement que je présenterai

Quelques petites objections de surface.

 

Premièrement, s’il est incompréhensible

Que quelque chose soit compréhensible,

Il y a de ce fait dans cette chose-là

Quelque chose d’incompréhensible.

L’univers n’est donc pas en tout compréhensible.

Si l’on dit malgré tout qu’il est compréhensible,

C’est qu’on l’a compris, mais en partie seulement.

Et pour la part qui reste encore  non comprise,

Il est impossible à l’avance de savoir jusqu’où

Elle est compréhensible ou incompréhensible.

 

Et je dirai même que le plus incompréhensible

Serait que l’univers ne soit qu’incompréhensible.

Car à quoi servirait notre pouvoir de comprendre

S’il n’y avait rien à comprendre nulle part ?

À quoi servent des yeux quand on n’a rien à voir ?

Aurions-nous eu des yeux vivant dans les ténèbres ?

Charles Darwin, autre maître en modernité,

Aurait je crois résolument répondu non.

 

Le grand Albert ne fut-il pas bien étourdi ?

 

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel - Communauté : Eurêka!
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Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 15:28

Une partie non négligeable de l’humanité, est supposée, depuis quelques siècles, se consoler avec l’histoire d’un homme qui aurait vécu il y a environ 2000 ans en Palestine.

L’élément essentiel, parce que censé consoler, de cette histoire est que cet homme, mis à mort sur une croix comme un scélérat, selon l’usage romain de l’époque, serait ensuite ressuscité pour s’envoler dans le ciel qui est sur nos têtes, où il nous appellera un jour.

Mais l’histoire est pleine d’autres fariboles, aussi peu acceptables pour un esprit raisonnable actuel. L’homme en question serait Dieu, ce qui n’est pas en soi déraisonnable, pourvu seulement qu’on se donne une définition adéquate du mot Dieu. Mais il serait né par parthénogénèse divine et aurait accompli quelques miracles, dont la résurrection d’un autre mort, résurrection dont on fait pourtant moins de cas que de la sienne propre.

Que cette histoire continue à avoir un certain impact auprès de nombreuses populations, et souvent de gens très bien, au vingt-et-unième siècle, cela tient en tout cas du miracle. Et cela me pose le problème de l’unité de l’esprit humain. Car nous nous trouvons aujourd’hui devant des générations de schizophrènes. Je suis persuadé que la très grande majorité de ces « croyants » n’admettraient pas qu’on leur dise que leur voisin mort et enterré vient de ressusciter. Et nos gynécologues patentés, tout « croyants » qu’ils se disent être souvent, n’accepteraient pas qu’une patiente enceinte prétende qu’elle l’est sans avoir reçu la semence d’un homme, d’une façon ou d’une autre (sans avoir « connu » un homme, au sens biblique, c’est maintenant possible ; mais cela c’est un miracle de la science moderne).

Ceci montre que la notion de « croyance » est devenue très floue.  Quand une histoire est assez éloignée de nous, dans l’espace et dans le temps, on peut y « croire » plus ou moins comme on croit à un mythe, pour la signification qu’elle prend pour nous, plus que pour sa réalité objective et historique.

On pourrait donc se satisfaire de la seule valeur symbolique de cette histoire, par ailleurs nécessairement mensongère, ou, si l’on préfère, fictive. On n’en garderait que la seule signification, qui en faisait une « bonne nouvelle » consolatrice, à savoir que nous sommes « sauvés ». Mais alors, quand on se fonde sur cette histoire pour affirmer qu’une « résurrection » nous est promise, il faudrait donner à ce mot « résurrection » une signification tout autre que celle qu’il a habituellement. J’observe pourtant que la presque totalité des « croyants » n’est pas prête à faire ce pas. Car on tient, dur comme fer, à une résurrection réelle, sans d’ailleurs pouvoir se représenter ce que serait cette soi-disant « vie » qui en résulterait, pourvu que ce ne soit pas l’anéantissement de la mort. Car c’est bien là l’origine du miracle des schizophrènes : le refus viscéral de l’anéantissement du « moi, ici, maintenant », anéantissement qui est pourtant un objet d’observation.

Cette histoire a d’ailleurs un complément, ou plutôt un préalable, pour lequel l’interprétation symbolique paraît davantage acceptée maintenant par les « croyants ». Selon ce préalable, s’il a fallu que quelqu’un sauve l’humanité par sa « passion », c’est que l’humanité s’était elle-même perdue. De là le mythe du péché originel, qui est nécessaire à la signification de l’histoire, même si bien des « croyants » (les moins déraisonnables) ne croient plus à l’historicité de la faute d’Adam.

Mais sur ce point, même la signification symbolique me paraît déraisonnable. En tout cas, elle me scandalise. Comment ose-t-on faire tomber sur l’humanité un « péché originel » ? Le malheur humain fait partie de la condition humaine, l’homme n’en est pas pour autant responsable. Tout mythe qui culpabilise l’homme pour dédouaner Dieu, est un mythe injuste et dangereux. Parfois un « croyant », peut-être moins déraisonnable que les autres, semble être sensible à ce scandale. Ce doit être la source de certaines propositions, selon lesquelles le coupable et le sauveur sont le même Adam. Mais à ce degré de sophistication, Dieu n’est plus qu’une métaphore de l’homme.

Cependant, l’écrasante majorité des « croyants », orthodoxes et autres, tient tellement à la réalité historique de la résurrection du « sauveur » que toute interprétation symbolique, sur tout ce qui concerne la personne de ce « sauveur », est par eux rejetée. Au fond, cela se comprend, car sans cette « résurrection » historique, pas de résurrection envisageable pour nous. Or toute cette mythologie n’a qu’un but : nous dire que la mort n’est pas ce qu’elle est, un anéantissement de notre être. Tout ceci bien sûr avait été rendu possible par la vulgarisation de la philosophie platonicienne  qui avait inventé le dualisme de l’être humain, avec une âme substance immortelle. Cependant la religion va plus loin que la philosophie. Elle veut que les corps eux-mêmes ressuscitent. C’est dire à quel point nous tenons à nous-mêmes, même si nous ne voulons ressusciter que dans un corps « glorieux ».

Tout ceci ressemble donc à un discours dont l’unique fonction est d’être consolant, un discours qu’il faut tenir sans nécessairement croire à sa vérité. On le tient seulement parce qu’il nous est nécessaire pour survivre… jusqu’à notre mort.  Les moins déraisonnables diront que le mensonge, ou la métaphore, cache une vérité inimaginable, que la fiction, ou le mythe, est une façon détournée et trompeuse de dire une vérité qu’on ne peut pas dire autrement. Mais il est bien difficile de tenir ce grand écart et fort peu y parviennent.

Et pourtant, il existerait maintenant, me semble-t-il, une autre façon de tenir un discours qui ne soit ni du type Père Noël, ni pousse au suicide. Ce discours pourrait être suggéré par les formidables avancées de la science, et particulièrement de la cosmologie, au XXe siècle. Ce discours nous invite à ne plus nous saisir comme êtres tridimensionnels dans un univers tridimensionnel. Ce discours nous invite à intégrer la dimension temps à la réalité. Ce discours nous inviterait à nous penser en quatre dimensions. Mais il semble que ce soit au-dessus de nos moyens mentaux.

Depuis Augustin, l’évêque d’Ausone, au moins, l’humanité tend à considérer que seul le présent existe, puisque le passé n’existe plus et le futur pas encore. Mais ce présent auquel nous nous agrippons désespérément, qui sans cesse nous fuit, n’a qu’une existence virtuelle, il n’est qu’une ligne de séparation, une simple frontière.  Toute son existence réelle vient de notre passé. Il faut donc inverser le propos et dire que dans un univers à quatre dimensions, seul notre passé, installé à la fois dans les trois dimensions de l’espace et celle du temps écoulé, existe réellement.

Notre être n’est donc pas le « moi, ici, maintenant », c’est notre passé étendu jusqu’à sa frontière qu’est notre présent. Or quand nous mourons, seul disparaît notre présent. Cela signifie que notre être cesse de croître avec cette frontière voyageuse. Il ne figure plus sur la surface de l’univers, mais il ne disparaît pas pour autant. Dans ces conditions, que pourrait signifier une mythologie de la « résurrection » ? Elle ne pourrait signifier que l’idée qu’au moment de notre mort nous réinvestissons notre être réel qui est notre passé.

Il resterait à préciser en quoi consiste ce « réinvestissement ». Mais tant que nous continuons à penser l’univers comme un espace tridimensionnel soumis aux contraintes temporelles, il nous est totalement impossible de l’imaginer. Il faudrait pouvoir penser l’univers comme une bulle à quatre dimensions que nous habiterions en hauteur, en largeur, en profondeur et en durée.

C’est certes un inimaginable au bord duquel nous ne pouvons que rêver. Mais on peut le faire sans contredire notre raison et la science moderne, comme le font toutes les fariboles désespérées de naguère.

Par Luestan
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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 14:22

Un beau jour d’automne, ayant trouvé un gland, je le mis en terre.

 

J'avais été initié à la pensée de Bergson, que je croyais avoir comprise,

c'est pourquoi je dis à mon gland:

« Deviens ce que tu es ».

 

Quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre ricaner:

« Pourquoi me donner ce conseil?

Comment pourrais-je devenir autre chose qu'un chêne?

Même si je voulais devenir un pommier, je ne le pourrais pas ».

 

« Ce n’est pas ce que je voulais dire », me défendis-je,

«  Je voulais dire: Deviens le chêne unique que tu es,

celui qui correspond à ton identité actuelle entre tous les chênes ».

 

Il ricana encore: « Je suis certes un gland unique,

mais j'ai fort peu à voir avec le chêne unique que je serai peut-être un jour.

Autant que de moi,

il dépendra du soleil, de la pluie, du vent, des sels minéraux de la terre,

des arbres qui seront ses voisins, des tourments que lui infligeront tes semblables.

Une seule chose en fait dépend de mon choix actuel,

c'est de devenir ou de ne pas devenir, c'est-à-dire de pourrir ».

 

« J'ai compris », répondis-je, « Alors deviens, et ne gland-ouille pas trop ».

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel
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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 17:09

Un jour une dame, pourtant pas très jolie, décida de se faire tirer le portrait chez un photographe. Elle tomba malheureusement sur un ours mal léché qui ne fit aucun effort pour flatter son image.  Comme elle se plaignait auprès de l’artiste de ce qu’elle ne trouvait pas son portrait très joli, l’artiste lui répondit : « Madame, l’appareil prend ce qu’il voit ».

Les images trop fidèles ressemblent à leur modèle.

C’est comme Dieu, dans la Bible.

 

Il a créé l’homme à son image.

Or celui-ci a très vite révélé sa perversité.

Il y a d’abord eu l’histoire du vol du fruit défendu, puis le meurtre d’Abel.

Et cela ne faisait que commencer.

On peut même penser que les auteurs de la Genèse avaient déjà perdu la mémoire des pires horreurs perpétrées par leurs ancêtres.

Si les hommes créés à l’image de Dieu sont si pervers, c’est que le modèle est pervers.

 

D’ailleurs, quand il envoya les Tables de la Loi aux hommes qui se conduisaient mal, ce ne fut pas pour qu’ils se conduisent mieux.

Car il ne leur envoya pas en même temps le moyen qui leur permettrait d’obéir à ses commandements.

C’était donc seulement pour qu’ils se rendent mieux compte de leur désobéissance et de leur perversité.

C’était pour les humilier.

Certains pensent même que par ses interdits, il allait exciter davantage leurs honteuses convoitises.

 

Mais il paraît que ces moyens tordus avaient une noble fin.

Humiliés de leur faiblesse, les hommes allaient se retourner vers lui et se réfugier dans son giron,  comme autant de fils prodigues.

Il leur ferait bon accueil et leur donnerait une nouvelle alliance : « Foin de toutes les lois et de tous les interdits. Je vous donne un seul commandement qui les remplace tous : aimez-vous les uns les autres comme je vous aime ; que chacun aime son prochain comme soi-même ».

 

Voici en effet qui est noble et beau. Je ferai cependant deux remarques :

Un. Pourquoi n’a-t-il pas commencé par là, au lieu de recourir d’abord à des moyens détournés ? Faudrait-il admettre que Dieu s’est amélioré et a voulu corriger sa copie ?

Deux. Il ne nous a toujours pas donné le moyen d’obéir à son nouveau commandement, car c'est encore un commandement. Et l'amour, quand il est commandé, ce n'est plus un désir, mais un devoir, et nous préférons suivre nos désirs plutôt que nos devoirs.

Donc, je ferais volontiers à Dieu une suggestion : Il pourrait "expliquer" aux hommes en quoi son "commandement" leur est utile et agréable  (ces mots sont-il trop vulgaires pour Dieu ?). Les hommes suivent volontiers un conseil (pas un commandement), quand ils voient qu’il va dans le sens de leur intérêt bien compris (ce qui est rarement leur intérêt immédiat).

 

Dieu pourrait s'améliorer encore, et devenir philosophe...

 

P.S. :

J’ai lu un jour une phrase qui me parut obscure, donc profonde.

Cette phrase disait : Dieu a besoin des hommes.

Les hommes, eux, n’ont pas vraiment besoin de Dieu.

Il y en a de plus en plus qui s’en passent.

Mais une chose est sûre :

Les hommes ont besoin des hommes.

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel
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