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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 10:47

 

« Si tu m'objectes maintenant que ce que Dieu voit comme futur, ne peut pas ne point arriver ; et que ce qui ne peut pas ne point arriver, n'est plus libre, mais nécessité, je trouverai ici une vérité très solide, mais qui ne peut être connue que de ceux qui s'élèvent jusqu'à la contemplation de la Divinité : oui, je le dirai, le même avenir peut être regardé comme nécessaire, relativement à la connaissance de Dieu, quoique relativement à sa propre nature et à celle de son principe, il reste toujours véritablement libre. »


Boèce, Consolation de la Philosophie, fin Livre V, trad. Léon Colesse

 

Essayons, avec nos faibles moyens, de comprendre l'incompréhensible…

Imaginons notre univers comme une immense forêt vierge. Dans un tout petit coin de cette forêt, une chose s’est mise à vivre. Cette chose vivante a produit des animaux de plus en plus perfectionnés. Un de ces animaux s’est même un jour instauré explorateur de son univers, de la forêt vierge.

Autour de lui la forêt peu à peu devenait moins vierge. Comme il rencontrait régulièrement les mêmes arbres événements, l’explorateur a pu établir des lois qui lui permettaient de prévoir même ce qu’il n’avait pas encore exploré. Pourtant tout n’était pas prévisible. Il lui arrivait de rencontrer des arbres totalement inédits. Et il avait le sentiment que son exploration faisait de lui plus qu’un explorateur : un inventeur, un créateur. Il avait le sentiment que cela dépendait des directions qu’il choisissait. Il se pensait libre.

Imaginons à présent que la forêt ait une conscience. Ou bien imaginons qu’elle ait un propriétaire qui sache tout d’elle. La forêt ou son propriétaire omniscient savent que l’explorateur n’invente ni ne crée quoi que ce soit. Il ne fait que découvrir ce qui préexiste de toute éternité. Quand l’explorateur aura éprouvé toutes les directions, exploré la forêt dans ses moindres détails, la forêt pour lui ne sera plus vierge, mais ce sera la même forêt, déjà là de toute éternité.

Il semble donc qu’il a tort d’imaginer que son exploration a été au moins en partie une création. La forêt ou son propriétaire omniscient auront beau jeu de lui représenter qu’il n’a fait que découvrir, et surtout que toutes ses découvertes étaient nécessaires. « Mais alors, se dira-t-il avec consternation, je n’étais pas libre ? »

À cela on peut répondre que la forêt qui ne sera plus vierge ne sera plus tout à fait la même. À chacun de ses pas d’explorateur, il a choisi une direction. Ce faisant, il a ajouté quelque chose à la forêt, quelque chose qui lui faisait perdre sa virginité : une histoire. Il a fait entrer son histoire dans l’éternité de la forêt.

 

Cependant l’énoncé de Boèce me reste incompréhensible, du moins dans la traduction de Léon Colesse. Il faudrait admettre que le propriétaire de la forêt, ou la forêt elle-même, ne connaît pas tout de la forêt. En effet les itinéraires de l’explorateur sont quelque chose de la forêt qui ne peut être connu à l’avance. Et même, puisque les arbres de la forêt sont en fait des événements, on peut dire que c’est leur exploration qui les fait pousser, et qui fait grandir la forêt.

Il ne reste finalement qu’une échappatoire pour éviter l’illogisme : corriger la traduction de Léon Colesse. Il faut traduire le latin quod eventurum deus videt non plus «  ce que Dieu voit comme futur », mais « le futur que Dieu voit », ou, si l’on veut, « ce que Dieu voit comme futur pour nous ». Il importe que le point de vue divin, celui de l’éternité, soit assimilable à un point de vue post eventum.

 

 

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Published by Luestan
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