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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 17:35

 

Une partie non négligeable de l’humanité, est supposée, depuis quelques siècles, se consoler avec l’histoire d’un homme qui aurait vécu il y a environ 2000 ans en Palestine.

L’élément essentiel, parce que censé consoler, de cette histoire est que cet homme, mis à mort sur une croix comme un scélérat, selon l’usage romain de l’époque, serait ensuite ressuscité pour s’envoler dans le ciel qui est sur nos têtes, où il nous appellera un jour.

Mais l’histoire est pleine d’autres fariboles, aussi peu acceptables pour un esprit raisonnable actuel. L’homme en question serait Dieu, ce qui n’est pas en soi déraisonnable, pourvu seulement qu’on se donne une définition adéquate du mot Dieu. Mais il serait né par parthénogénèse divine et aurait accompli quelques miracles, dont la résurrection d’un autre mort, résurrection dont on fait pourtant moins de cas que de la sienne propre.

Que cette histoire continue à avoir un certain impact auprès de nombreuses populations, et souvent de gens très bien, au vingt-et-unième siècle, cela tient en tout cas du miracle. Et cela me pose le problème de l’unité de l’esprit humain. Car nous nous trouvons aujourd’hui devant des générations de schizophrènes. Je suis persuadé que la très grande majorité de ces « croyants » n’admettraient pas qu’on leur dise que leur voisin mort et enterré vient de ressusciter. Et nos gynécologues patentés, tout « croyants » qu’ils se disent être souvent, n’accepteraient pas qu’une patiente enceinte prétende qu’elle l’est sans avoir reçu la semence d’un homme, d’une façon ou d’une autre (sans avoir « connu » un homme, au sens biblique, c’est maintenant possible ; mais cela c’est un miracle de la science moderne).

Ceci montre que la notion de « croyance » est devenue très floue.  Quand une histoire est assez éloignée de nous, dans l’espace et dans le temps, on peut y « croire » plus ou moins comme on croit à un mythe, pour la signification qu’elle prend pour nous, plus que pour sa réalité objective et historique.

On pourrait donc se satisfaire de la seule valeur symbolique de cette histoire, par ailleurs nécessairement mensongère, ou, si l’on préfère, fictive. On n’en garderait que la seule signification, qui en faisait une « bonne nouvelle » consolatrice, à savoir que nous sommes « sauvés ». Mais alors, quand on se fonde sur cette histoire pour affirmer qu’une « résurrection » nous est promise, il faudrait donner à ce mot « résurrection » une signification tout autre que celle qu’il a habituellement. J’observe pourtant que la presque totalité des « croyants » n’est pas prête à faire ce pas. Car on tient, dur comme fer, à une résurrection réelle, sans d’ailleurs pouvoir se représenter ce que serait cette soi-disant « vie » qui en résulterait, pourvu que ce ne soit pas l’anéantissement de la mort. Car c’est bien là l’origine du miracle des schizophrènes : le refus viscéral de l’anéantissement du « moi, ici, maintenant », anéantissement qui est pourtant un objet d’observation.

Cette histoire a d’ailleurs un complément, ou plutôt un préalable, pour lequel l’interprétation symbolique paraît davantage acceptée maintenant par les « croyants ». Selon ce préalable, s’il a fallu que quelqu’un sauve l’humanité par sa « passion », c’est que l’humanité s’était elle-même perdue. De là le mythe du péché originel, qui est nécessaire à la signification de l’histoire, même si bien des « croyants » (les moins déraisonnables) ne croient plus à l’historicité de la faute d’Adam.

Mais sur ce point, même la signification symbolique me paraît déraisonnable. En tout cas, elle me scandalise. Comment ose-t-on faire tomber sur l’humanité un « péché originel » ? Le malheur humain fait partie de la condition humaine, l’homme n’en est pas pour autant responsable. Tout mythe qui culpabilise l’homme pour dédouaner Dieu, est un mythe injuste et dangereux. Parfois un « croyant », peut-être moins déraisonnable que les autres, semble être sensible à ce scandale. Ce doit être la source de certaines propositions, selon lesquelles le coupable et le sauveur sont le même Adam. Mais à ce degré de sophistication, Dieu n’est plus qu’une métaphore de l’homme.

Cependant, l’écrasante majorité des « croyants », orthodoxes et autres, tient tellement à la réalité historique de la résurrection du « sauveur » que toute interprétation symbolique, sur tout ce qui concerne la personne de ce « sauveur », est par eux rejetée. Au fond, cela se comprend, car sans cette « résurrection » historique, pas de résurrection envisageable pour nous. Or toute cette mythologie n’a qu’un but : nous dire que la mort n’est pas ce qu’elle est, un anéantissement de notre être. Tout ceci bien sûr avait été rendu possible par la vulgarisation de la philosophie platonicienne  qui avait inventé le dualisme de l’être humain, avec une âme substance immortelle. Cependant la religion va plus loin que la philosophie. Elle veut que les corps eux-mêmes ressuscitent. C’est dire à quel point nous tenons à nous-mêmes, même si nous ne voulons ressusciter que dans un corps « glorieux ».

Tout ceci ressemble donc à un discours dont l’unique fonction est d’être consolant, un discours qu’il faut tenir sans nécessairement croire à sa vérité. On le tient seulement parce qu’il nous est nécessaire pour survivre… jusqu’à notre mort.  Les moins déraisonnables diront que le mensonge, ou la métaphore, cache une vérité inimaginable, que la fiction, ou le mythe, est une façon détournée et trompeuse de dire une vérité qu’on ne peut pas dire autrement. Mais il est bien difficile de tenir ce grand écart et fort peu y parviennent.

Et pourtant, il existerait maintenant, me semble-t-il, une autre façon de tenir un discours qui ne soit ni du type Père Noël, ni pousse au suicide. Ce discours pourrait être suggéré par les formidables avancées de la science, et particulièrement de la cosmologie, au XXe siècle. Ce discours nous invite à ne plus nous saisir comme êtres tridimensionnels dans un univers tridimensionnel. Ce discours nous invite à intégrer la dimension temps à la réalité. Ce discours nous inviterait à nous penser en quatre dimensions. Mais il semble que ce soit au-dessus de nos moyens mentaux.

Depuis Augustin, l’évêque d’Ausone, au moins, l’humanité tend à considérer que seul le présent existe, puisque « le passé n’existe plus et le futur pas encore ». Mais ce présent auquel nous nous agrippons désespérément, qui sans cesse nous fuit, n’a qu’une existence virtuelle, il n’est qu’une ligne de séparation, une simple frontière.  Toute son existence réelle vient de notre passé. Il faut donc inverser le propos et dire que dans un univers à quatre dimensions, seul notre passé, installé à la fois dans les trois dimensions de l’espace et celle du temps écoulé, existe réellement.

Notre être n’est donc pas le « moi, ici, maintenant », c’est notre passé étendu jusqu’à sa frontière qu’est notre présent. Or quand nous mourons, seul disparaît notre présent. Cela signifie que notre être cesse de croître avec cette frontière voyageuse. Il ne figure plus sur la surface de l’univers, mais il ne disparaît pas pour autant. Dans ces conditions, que pourrait signifier une mythologie de la « résurrection » ? Elle ne pourrait signifier que l’idée qu’au moment de notre mort nous réinvestissons notre être réel qui est notre passé.

Il resterait à préciser en quoi consiste ce « réinvestissement ». Mais tant que nous continuons à penser l’univers comme un espace tridimensionnel soumis aux contraintes temporelles, il nous est totalement impossible de l’imaginer. Il faudrait pouvoir penser l’univers comme une bulle à quatre dimensions que nous habiterions en hauteur, en largeur, en profondeur et en durée.

C’est certes un inimaginable au bord duquel nous ne pouvons que rêver. Mais on peut le faire sans contredire notre raison et la science moderne, comme le font toutes les fariboles désespérées de naguère.

 

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Published by Luestan
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