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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 09:30
Contrairement à ce qu’on pourrait croire à première vue, il y a cohérence entre l’attachement d’ACS au présent et la maxime générale qu’il s’est donnée : « la fidélité sans la foi ». On pourrait croire en effet que la fidélité est un attachement au passé plutôt qu’au présent. ACS est d’ailleurs un homme de tradition, attaché non seulement aux valeurs de l’héritage chrétien, mais aussi à toute une tradition philosophique. Il pense souvent à travers les grands maîtres du passé. C’est bien normal, c’est l’usage, surtout pour un ancien normalien. Je suis cependant gêné lorsque l’argument d’autorité semble affleurer. Je ne veux pas penser comme les grands maîtres, mais tenter de dépasser leur pensée.

Mais être attaché au passé à sa façon, c’est croire que nous n’ajoutons rien au monde, que donc le passé est présent et vice-versa : « Il n’y a pas d’histoire de la vérité » (p. 48). Est-ce à dire que le monde ne bouge pas, ni le monde-surface d’aujourd’hui, ni le monde profond de l’espace-temps qui commence à l’aube des temps ? C’est pour les penseurs du passé que le monde était statique. Pour les savants d’aujourd’hui, il est en expansion. Quant à l’histoire humaine, n’est-elle vraiment que succession incohérente de faits divers ?

 La foi au contraire, ce serait croire au progrès, croire que le monde a un sens, que le présent ajoute au passé. Je sais qu’il n’est pas à la mode de croire au progrès. Les dernières guerres mondiales et les autres n’y incitent guère. Il est certain qu’il y a parfois dans l’histoire humaine de graves régressions (au moins de certains points de vue : la guerre mondiale, c’est aussi la mondialisation, c’est-à-dire l’émergence d’une solidarité couvrant la planète). Mais sur la très longue durée, il me semble que le progrès est indéniable. Et si parfois on recule, c’est pour mieux sauter. Qui parmi nous préfèrerait revenir à l’age des cavernes ?

Et il ne s’agit pas seulement de progrès technique, mais aussi de progrès moral. Si on n’a jamais autant parlé de racisme, par exemple, ce n’est pas parce qu’il y a maintenant plus de racistes, proportionnellement, qu’autrefois. Il me semble plutôt que c’est parce que les idées racistes n’appartiennent plus à l’idéologie dominante. On peut considérer cela comme un progrès moral. Je ne crois pas non plus que le progrès soit uniquement dans les idées. J’ai malgré tout l’impression que les comportements que nous qualifions aujourd’hui de barbares étaient proportionnellement plus fréquents, en moyenne (malgré les régressions), au cours des siècles passés. Certains crimes contre l’humanité d’aujourd’hui furent dans le passé pratiques courantes de l’humanité.

 On n’a pas besoin de croire au progrès dans le passé, on le constate, même si c’est seulement sur le long terme. Et d’ailleurs, sur le très long terme, celui du temps cosmique, la science observe bien aujourd’hui l’émergence, dans un univers de plus en plus complexe, d’une planète où est apparue une vie de plus en plus élaborée, jusqu’à la vie consciente. Quant à croire au progrès à venir, c’est croire que le mouvement va continuer, c’est projeter sur l’avenir le sens de ce mouvement général qu’on a observé dans le passé, croire donc que l’univers n’est pas absurde, mais a un sens.

Mais ce n’est pas définir ce sens. D’ailleurs, ce n’est pas à notre portée.  On peut faire quelques projections, déceler des tendances (la mondialisation est l’une d’elles). Mais cela ne détermine pas un but, ni une fin : pas d’apocalypse en vue. Ce serait retomber dans le déterminisme. Il ne faut pas définir, ni dans le passé, ni dans l’avenir, un contenu auquel il faudrait être fidèle. Cela deviendrait une religion. Mais si je me contente de croire que le présent dépasse le passé, et le prolonge, sans savoir où l’on va, sans prétendre connaître la fin du livre, alors je crois au sens du monde. Mais le parcours importe plus que le terme.

Voilà une foi sans contenu, celle d’un athée qui prendrait pour devise l’inverse même de celle d’ACS : « la foi sans la fidélité ». Car il faut être infidèle, au moins en partie. L’infidèle n’est pas celui qui fait table rase du passé, c’est celui qui ne s’y installe pas, celui qui en part pour aller outre. Il est vrai qu’il n’y a pas de foi sans un minimum de fidélité (l’étymologie l’implique). Mais c’est une fidélité au seul mouvement qui a suscité les valeurs du passé, non aux valeurs du passé.

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