Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 14:22

Un beau jour d’automne, ayant trouvé un gland, je le mis en terre.

 

J'avais été initié à la pensée de Bergson, que je croyais avoir comprise,

c'est pourquoi je dis à mon gland:

« Deviens ce que tu es ».

 

Quelle ne fut pas ma surprise de l'entendre ricaner:

« Pourquoi me donner ce conseil?

Comment pourrais-je devenir autre chose qu'un chêne?

Même si je voulais devenir un pommier, je ne le pourrais pas ».

 

« Ce n’est pas ce que je voulais dire », me défendis-je,

«  Je voulais dire: Deviens le chêne unique que tu es,

celui qui correspond à ton identité actuelle entre tous les chênes ».

 

Il ricana encore: « Je suis certes un gland unique,

mais j'ai fort peu à voir avec le chêne unique que je serai peut-être un jour.

Autant que de moi,

il dépendra du soleil, de la pluie, du vent, des sels minéraux de la terre,

des arbres qui seront ses voisins, des tourments que lui infligeront tes semblables.

Une seule chose en fait dépend de mon choix actuel,

c'est de devenir ou de ne pas devenir, c'est-à-dire de pourrir ».

 

« J'ai compris », répondis-je, « Alors deviens, et ne gland-ouille pas trop ».

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel
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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 17:09

Un jour une dame, pourtant pas très jolie, décida de se faire tirer le portrait chez un photographe. Elle tomba malheureusement sur un ours mal léché qui ne fit aucun effort pour flatter son image.  Comme elle se plaignait auprès de l’artiste de ce qu’elle ne trouvait pas son portrait très joli, l’artiste lui répondit : « Madame, l’appareil prend ce qu’il voit ».

Les images trop fidèles ressemblent à leur modèle.

C’est comme Dieu, dans la Bible.

 

Il a créé l’homme à son image.

Or celui-ci a très vite révélé sa perversité.

Il y a d’abord eu l’histoire du vol du fruit défendu, puis le meurtre d’Abel.

Et cela ne faisait que commencer.

On peut même penser que les auteurs de la Genèse avaient déjà perdu la mémoire des pires horreurs perpétrées par leurs ancêtres.

Si les hommes créés à l’image de Dieu sont si pervers, c’est que le modèle est pervers.

 

D’ailleurs, quand il envoya les Tables de la Loi aux hommes qui se conduisaient mal, ce ne fut pas pour qu’ils se conduisent mieux.

Car il ne leur envoya pas en même temps le moyen qui leur permettrait d’obéir à ses commandements.

C’était donc seulement pour qu’ils se rendent mieux compte de leur désobéissance et de leur perversité.

C’était pour les humilier.

Certains pensent même que par ses interdits, il allait exciter davantage leurs honteuses convoitises.

 

Mais il paraît que ces moyens tordus avaient une noble fin.

Humiliés de leur faiblesse, les hommes allaient se retourner vers lui et se réfugier dans son giron,  comme autant de fils prodigues.

Il leur ferait bon accueil et leur donnerait une nouvelle alliance : « Foin de toutes les lois et de tous les interdits. Je vous donne un seul commandement qui les remplace tous : aimez-vous les uns les autres comme je vous aime ; que chacun aime son prochain comme soi-même ».

 

Voici en effet qui est noble et beau. Je ferai cependant deux remarques :

Un. Pourquoi n’a-t-il pas commencé par là, au lieu de recourir d’abord à des moyens détournés ? Faudrait-il admettre que Dieu s’est amélioré et a voulu corriger sa copie ?

Deux. Il ne nous a toujours pas donné le moyen d’obéir à son nouveau commandement, car c'est encore un commandement. Et l'amour, quand il est commandé, ce n'est plus un désir, mais un devoir, et nous préférons suivre nos désirs plutôt que nos devoirs.

Donc, je ferais volontiers à Dieu une suggestion : Il pourrait "expliquer" aux hommes en quoi son "commandement" leur est utile et agréable  (ces mots sont-il trop vulgaires pour Dieu ?). Les hommes suivent volontiers un conseil (pas un commandement), quand ils voient qu’il va dans le sens de leur intérêt bien compris (ce qui est rarement leur intérêt immédiat).

 

Dieu pourrait s'améliorer encore, et devenir philosophe...

 

P.S. :

J’ai lu un jour une phrase qui me parut obscure, donc profonde.

Cette phrase disait : Dieu a besoin des hommes.

Les hommes, eux, n’ont pas vraiment besoin de Dieu.

Il y en a de plus en plus qui s’en passent.

Mais une chose est sûre :

Les hommes ont besoin des hommes.

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel
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Mercredi 22 juin 2011 3 22 /06 /Juin /2011 10:57

Eurydice est

Morte

 

Orphée seul

Sanglote

 

Il n'entend plus

Les voix célestes

 

Il n'entend plus

La plainte du vent d'Est

 

Il n'entend plus

Rien.

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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Mardi 19 avril 2011 2 19 /04 /Avr /2011 10:07

 

D’abord j’ai cru comme tous les niais

Que l’éternité n’était que future immortalité.

Grâce à Arthur Rimbaud j’en fus un jour détrompé.

 

« Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil. »

 

Arthur Rimbaud est un poète aux métaphores peu claires.

Arthur Rimbaud était aussi un visionnaire

Capable d’enjamber des montagnes imaginaires.

Soyons quant à nous humbles processionnaires.

 

Chaque vaguelette de mer au soleil luit d’un fugitif éclair.

Mais plus le regard s’éloigne sur l’immense étalée

Plus tout se confond et s’immobilise dans les lointains.

L’éternité est une immobilité faite d’innombrables mobilités.

 

Elles sont enfin inventées.

Quoi ? – Nos éternités.

Ce sont nos bribes de passé

Fugitives en allées

Dans l’espace-temps comme des perles enchâssées.

 

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 10:48

« Qui veut faire l’ange fait la bête »

(Pascal)

 

Certes, l’homme n’est ni ange, ni bête. Mais alors, qu’est-il, et où est-il ? Entre les deux ? Plus près de l’ange, ou plus près de la bête ?

Mais n’oublions pas qu’il est une bête bipède. Il s’est redressé pour voir un peu plus loin que ses pieds. Donc il veut aller quelque part, et plutôt que « Où est-il ? », la bonne question est « Où va-t-il ? »

Car on sait d’où il vient. De la bête, justement. De la bête bien réelle dont il est sorti et dont il s’éloigne à grands pas, tout en la traînant à ses basques.

Alors, où va-t-il ? Eh bien, vers l’ange par conséquent, vers lequel il tend de tout son désir, sans pouvoir cependant l’atteindre. Car l’ange, lui, n’est pas réel, mais virtuel.

C’est bien pourquoi l’homme ne peut pas « faire » l’ange, alors qu’il fait très bien la bête. Mais tout en faisant la bête, c’est vers l’ange qu’il tend, depuis ses commencements, et tendra toujours, s’il ne veut pas « être » une bête.

 

Mystique :

« Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes

de laine dans les herbages d’acier et d’émeraude »

(A. Rimbaud, Illuminations)

 

Par Luestan - Publié dans : Vers mi sel - Communauté : Les philosophes épars
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