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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 09:45

Commençons donc par l’inévitable cogito, ergo sum. Mais en précisant que la saisie du sujet par lui-même comme pensant est de facto aussi la saisie de lui-même comme objet pensé.

Nous voici donc face à l’univers des objets pensés, pour lequel il nous faut prudemment nous en tenir au niveau de la physique classique, à l’écart du terrifiant monde quantique des ondes particules plus ou moins élémentaires.

Nous définirons donc un objet pensé de l’univers comme la source de phénomènes perceptuels concordants et durables. « Perceptuels » est évidemment préférable à « sensoriels ». Il y vient un certain accord des sens, avec prépondérance de la vue et du toucher. Il y convient aussi une relative continuité des phénomènes perceptuels, sans modifications trop fortes. On doit pouvoir ainsi éliminer fantasmes, mirages et hallucinations, mais aussi le fulgurant éclair.

Parmi les objets de l’univers, on distingue les objets inanimés, qui sont la norme, et les objets animés, qui sont une exception d’apparition tardive sur l’infime planète terre. Comment les différencier ? Au début de son livre Le hasard et la nécessité, jacques Monod imagine un savant extraterrestre cherchant à définir des critères qui soient utilisables par un ordinateur. Il en trouve plusieurs, mais qui sont nécessaires conjointement pour distinguer les objets animés d’objets inanimés qui partagent certaines de leurs caractéristiques. Les objets animés ont une structure répétitive, mais les cristaux et les artefacts aussi. Cette structure pour les objets animés, comme pour les cristaux, est à déterminisme interne et à reproduction invariante. Enfin, pour les objets animés, mais aussi pour les artefacts, elle est fonctionnelle, c’est-à-dire téléonomique, répondant à un projet…

Peut-on cependant trouver un critère unique distinguant à lui seul les objets animés de tous les objets inanimés, y compris cristaux et artefacts ? Il en est un pour lequel il faut prendre en compte non seulement la structure de l’objet observé, mais aussi son environnement spatial et temporel. Un objet animé en effet ne peut durer comme tel sans un environnement qu’il utilise. Un objet animé ne se suffit pas à lui-même, c’est un objet insuffisant. De la bactérie à l’être humain, aucun être animé ne peut se permettre la splendide indifférence du caillou. Être animé, c’est donc commercer avec ce qui est autour. Et ce commerce est fondamentalement déséquilibré : c’est l’objet animé qui en profite, l’entourage ne fait qu’en pâtir, n’en déplaise aux ayatollahs de l’écologie. Grâce à quoi il n’y a pas d’entropie dans un objet animé, ce qui est une exception ponctuelle au second principe de la thermodynamique.

Partant de ce principe d’un entourage asservi, on peut distinguer plusieurs espèces d’objets animés. Certains n’asservissent à leur profit que des objets inanimés, gaz, liquides, minéraux : ce sont les végétaux. D’autres asservissent aussi des objets animés : ce sont les animaux. Parmi ces derniers, certains n’asservissent que des végétaux : ce sont les végétariens. D’autres, les carnivores, asservissent des animaux. Mais il y a aussi des omnivores.

Enfin, parmi les animaux omnivores, il est une espèce étrange qui ne se satisfait pas d’asservir en toute quiétude ce dont elle a besoin. Les autres espèces n’ont pas de conscience : elles pillent leur entourage, mais le font naturellement, sans le savoir, en toute innocence. L’espèce pourvue d’un cogito, l’espèce humaine, sait qu’elle est une espèce prédatrice. Et elle sait qu’elle pille parce qu’elle ne se suffit pas à elle-même. Elle voudrait bien ne pas piller, mais par ailleurs elle se sait insuffisante. C’est pourquoi elle est l’espèce des objets animés malheureux.

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Published by Luestan
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